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Des étudiants construisent un avion : l’incroyable aventure du P300 de l’ISAE-ENSMA

il y a 2 jours
6 min de lecture

En 2019, des élèves ingénieurs de l’ISAE-ENSMA se lancent un défi hors norme : achever la construction d’un véritable avion en kit. Quelques années plus tard, leur Pioneer 300 — baptisé Phoenix — vole, parcourt l’Europe et devient un laboratoire aéronautique pour les étudiants et la recherche.


Moi-même ancien étudiant de l’ENSMA, j’ai découvert ce projet à ses débuts, en février 2021. À l’époque, Adrien, Charlotte, Thibault, Valentin et les autres membres de l’ENSMAIR assemblaient encore l’appareil dans un hangar de l’aérodrome de Châtellerault. Depuis, l’histoire a pris son envol.


Un avion construit par des étudiants : une première histoire nommée « Le Petit Prince »


L’aventure ne commence pas avec le P300. En 2001, l’association étudiante ENSMAIR, qui rassemble des élèves pilotes et des passionnés d’aéronautique de l’ISAE-ENSMA, termine la construction d’un premier avion léger : Le Petit Prince.


Cet appareil permet pendant près de dix-huit ans à des générations d’étudiants de voler à un coût accessible et d’apprendre autrement. Mais avec le temps, sa maintenance devient trop lourde. L’avion est revendu et, en 2019, l’association décide de lui trouver un successeur.



Le choix se porte sur un Pioneer 300 Kite, un avion biplace en kit conçu par le constructeur italien Alpi Aviation. Rapide, léger et polyvalent, le Pioneer 300 associe une structure en bois à des matériaux composites. Selon son constructeur, il peut atteindre environ 250 km/h en croisière et se poser sur de courtes pistes en herbe.


Le P300 : un immense kit à assembler, comme un « Lego » aéronautique


Lorsque le kit arrive à l’aérodrome des Ailes châtelleraudaises à la fin de l’année 2019, une partie de la structure est déjà préparée. Le fuselage et les ailes existent, mais il reste un travail considérable : installation du train d’atterrissage, montage du poste de pilotage, entoilage des gouvernes, ajustement de la verrière, stratification des ailes, câblage électrique, installation du moteur et raccordement des commandes de vol.



Le dossier officiel du projet Build2Fly indique que le kit avait été préparé à environ 40 % par Alpi Aviation. Autrement dit, les étudiants ont dû réaliser ou achever une grande partie de l’intégration de l’avion.


Adrien, responsable du projet en 2020, résumait alors l’expérience par une comparaison parlante : « C’est comme un gros Lego. » À une différence près : ici, chaque pièce participe à la sécurité d’un véritable aéronef.


Les principales étapes de la construction


  • Installer le train d’atterrissage, afin que le fuselage puisse reposer sur ses propres roues et être déplacé plus facilement.

  • Aménager le cockpit, avec les commandes, les instruments et les équipements nécessaires au pilotage.

  • Entoiler les ailerons, les volets et la profondeur, pour donner à ces structures légères leur forme aérodynamique.

  • Fabriquer et ajuster la verrière, à partir d’arceaux en carbone et de plaques de plexiglas découpées sur mesure.

  • Recouvrir les ailes de fibre de verre et de résine époxy, afin de protéger et rigidifier leur structure en bois.

  • Installer le moteur Rotax de 100 chevaux, puis ses accessoires, les circuits et le câblage électrique.

  • Relier les commandes de vol, notamment les manches et le palonnier en double commande pour le pilote et la personne assise à ses côtés.



La construction d’un avion amateur est encadrée. Les étudiants ne travaillent donc pas seuls : ils suivent la documentation du fabricant, s’appuient sur des mécaniciens expérimentés et font contrôler les opérations sensibles.


Apprendre l’ingénierie en faisant


Au départ, la plupart des membres de l’équipe n’avaient jamais construit d’avion. Certaines personnes avaient pratiqué le modélisme ou possédaient déjà un bon sens pratique, mais beaucoup découvraient l’entoilage, la stratification, l’intégration mécanique ou encore le câblage aéronautique.



C’est précisément ce qui rend le projet si formateur. Construire un avion oblige à :

  • lire et appliquer une documentation technique ;

  • travailler avec précision ;

  • comprendre l’aérodynamique et la mécanique des structures ;

  • résoudre des problèmes imprévus ;

  • documenter et faire contrôler son travail ;

  • coopérer sur plusieurs années entre promotions d’étudiants.


Un avion en kit ne s’assemble jamais aussi simplement que sur le papier. Chaque étape réserve ses surprises. Mais face à une difficulté, l’équipe observe, échange avec des spécialistes, teste une solution et progresse. C’est la démarche scientifique dans ce qu’elle a de plus concret.


2023 : le P300 Phoenix est officiellement inauguré


La vidéo tournée en 2021 se terminait sur un avion encore en construction. Le projet a finalement demandé environ quatre années de travail. Le 14 octobre 2023, le P300 est officiellement inauguré à l’aérodrome de Châtellerault et reçoit le nom de Phoenix, en hommage au Petit Prince auquel il succède.


Ce baptême marque l’aboutissement de centaines d’heures de travail, mais pas la fin de l’aventure. Car Phoenix n’a pas été conçu uniquement pour transporter des élèves pilotes : il a aussi été instrumenté pour devenir un véritable support pédagogique et scientifique.


2025 : un tour d’Europe avec le projet Build2Fly


Après son inauguration, le P300 devient le cœur du projet Build2Fly. L’objectif : réaliser un tour d’Europe des écoles et universités aéronautiques afin de rencontrer d’autres étudiants, partager des travaux et créer des liens entre établissements.


Le défi est aussi humain et opérationnel. Il faut préparer les navigations, traverser des frontières, anticiper la météo, gérer la maintenance et effectuer des survols maritimes. En 2025, le tour d’Europe est réalisé par une nouvelle génération d’étudiants de l’ISAE-ENSMA.

Ce voyage illustre l’une des grandes forces d’un projet étudiant : l’équipe change, mais les connaissances, les responsabilités et l’envie de transmettre passent d’une promotion à l’autre.


De l’avion-école à l’avion-laboratoire



Dès la construction, des jauges de déformation sont intégrées à la structure. Le dossier Build2Fly en recense douze : huit sur le longeron et quatre sur le train d’atterrissage. Ces capteurs mesurent les déformations et permettent d’estimer les efforts subis par l’appareil pendant le vol et l’atterrissage.


Phoenix est ainsi devenu un avion-laboratoire. Les étudiants peuvent comparer les mesures réelles à des modèles numériques, concevoir des bancs d’essai au sol et mieux comprendre le comportement d’une structure aéronautique.


Le 30 mai 2026, le P300 a par exemple participé à une campagne de mesures en vol dans le cadre du projet PEGASE, consacré à l’aviation bas carbone. Piloté par Alice Casalé, qui avait participé au tour d’Europe de 2025, l’appareil embarquait une instrumentation suivie par un étudiant et un ingénieur de l’ISAE-ENSMA.


L’objectif de cette expérimentation est très concret : mieux estimer la durée de vie de la jambe de train à partir des données de vol et de la sévérité réelle des atterrissages. Une pièce théoriquement remplacée après environ 700 heures peut en effet s’user plus ou moins vite selon son utilisation. Les mesures doivent aider à mieux comprendre et, à terme, optimiser sa durée d’usage.


Pourquoi ce projet peut inspirer les enfants et les adolescents


L’histoire du P300 montre qu’un grand projet commence rarement avec toutes les compétences nécessaires. Les étudiants ont appris progressivement, entourés de personnes expérimentées, en passant de la théorie à la pratique.


C’est cette même philosophie qui anime Les Apprentis Curieux : permettre aux jeunes de manipuler, construire, se tromper, comprendre et recommencer. Un pont, un robot, une fusée ou un planeur en carton paraît évidemment plus modeste qu’un avion grandeur nature. Pourtant, les réflexes développés sont les mêmes : observer, imaginer, fabriquer, tester et améliorer.





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Trois leçons à retenir du projet Phoenix


  1. On n’a pas besoin de tout savoir avant de commencer. Les compétences se construisent en pratiquant et en demandant de l’aide au bon moment.

  2. La science est un travail d’équipe. Étudiants, mécaniciens, enseignants, pilotes et ingénieurs ont contribué à la réussite du projet.

  3. Un objet peut continuer à apprendre après sa construction. Phoenix vole, forme des pilotes et produit désormais des données utiles à l’enseignement et à la recherche.


Du hangar de Châtellerault aux écoles aéronautiques européennes, puis aux campagnes de mesures scientifiques, le P300 de l’ENSMAIR a largement dépassé sa mission initiale. Ce qui ressemblait à un immense kit est devenu à la fois un avion, un outil de formation et un laboratoire volant.


Et pour les jeunes curieux qui rêvent eux aussi de construire, d’inventer et de comprendre comment les choses fonctionnent, l’aventure peut commencer bien avant l’école d’ingénieurs.


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Questions fréquentes sur le P300 de l’ISAE-ENSMA


Quel avion les étudiants de l’ISAE-ENSMA ont-ils construit ?

Les membres de l’association ENSMAIR ont achevé un Pioneer 300 Kite, un avion léger biplace en kit fabriqué par l’entreprise italienne Alpi Aviation. L’appareil a été baptisé Phoenix.

L’avion a été officiellement inauguré le 14 octobre 2023 à l’aérodrome de Châtellerault, après environ quatre années de construction et d’intégration.

Oui. Dans le cadre du projet étudiant Build2Fly, le P300 a effectué en 2025 un tour d’Europe tourné vers les écoles et universités aéronautiques.

Il sert à la formation et au pilotage, mais aussi à l’expérimentation. Grâce à ses capteurs embarqués, les étudiants et les équipes de recherche peuvent mesurer les efforts et les déformations subis par sa structure en conditions réelles.

Les projets pratiques sont un excellent point de départ : construire un planeur, tester une forme d’aile, fabriquer une maquette ou participer à un stage scientifique pendant les vacances. Les Apprentis Curieux proposent des semaines immersives pour les jeunes de 10 à 16 ans dans plusieurs grandes villes de France.


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